Editorial

Gérer la montée en compétences infirmières dans le médico-social, entre innovation et soutenabilité

Publié dans le N°7 - Avril 2026
|

Clémence ZACHARIE

Enseignant chercheur, IAE Paris Est, Laboratoire MIL, Cersa UMR 7106

Les dernières années qui se sont écoulées ont été l'occasion de concrétiser les réflexions engagées sur les compétences professionnelles, et notamment celles des infirmières. La première étape fut la création en France des infirmiers en pratique avancée. Le processus fut long, complexe, souvent malmené par des crispations corporatistes parfois difficiles à comprendre. Il n'est pas totalement abouti, les textes d'application faisant encore défaut, notamment depuis la loi 2025-581 du 27 juin 2025 relative à la profession d'infirmière, dont l'un des aboutissements essentiels est le décret d'application du 24 décembre dernier. Cette lenteur a indéniablement impacté la seconde étape que fut cette loi de juin dernier. Mais quoi qu'il en soit, il apparaît clairement que le législateur s'est fort justement saisi d'une réflexion sur le travail des professionnels paramédicaux. Souvent présentée comme moyen de lutte contre la raréfaction des médecins, l'évolution des compétences infirmières doit interroger particulièrement les acteurs du secteur médico-social.

Du point de vue de l'organisation des structures, il est clair que la valorisation de la compétence infirmière est une innovation qui pourrait s'avérer fort utile pour repenser le pilotage médical des établissements, les IPA mention maladies chroniques stabilisées ou psychiatrie pouvant être une ressource importante pour la définition du projet individuel d'accueil, mais aussi un moyen de compenser le manque de prise en charge médicale, parfois rencontré, faute de praticiens. Tout aussi intéressante est alors la possibilité d'une mise en oeuvre de consultations infirmières qui constitueraient un appui au suivi sanitaire des résidents.

La reconnaissance de ces nouvelles fonctions deviendrait alors un levier favorable à l'attractivité du secteur médico-social par l'enrichissement de la palette de missions reconnues et valorisées. Mais ce mouvement interroge nécessairement la question de sa soutenabilité économique, car, si le décret de décembre dernier en son article 2 fait de la négociation conventionnelle le support essentiel au financement de la reconnaissance de l'évolution des compétences infirmières, elle ne saurait malheureusement écarter une réflexion des acteurs eux-mêmes sur les efforts qui devraient être consentis pour attirer et conserver les compétences de ces acteurs essentiels de la prise en charge. Le sujet mérite indéniablement réflexion.

Publicité

SantExpo 2026 – 60ᵉ édition

A télécharger

Newsletter de La Revue Autonomie

Inscrivez-vous et soyez informé de nos nouvelles parutions et de l'actualité de notre site