Pilotage Stratégique

Ce n'est pas la canicule qui tue en Ehpad, c'est le bâtiment

Publié dans le N°9 - Octobre 2026
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La canicule de 2003 a durablement modifié la politique française de prévention de la chaleur. Elle a également laissé une idée dangereusement rassurante : celle selon laquelle le problème aurait été réglé dès lors que les établissements disposent d'un espace rafraîchi. Vingt ans plus tard, la question mérite d'être reposée. L'enquête menée en 2023 par la FNADEPA pour la Cour des comptes montre que 95,2 % des établissements interrogés déclaraient disposer d'une salle rafraîchie. Mais 91,4 % des espaces privatifs ne disposaient pas de climatisation. Le contraste est notoire : le dispositif collectif existe presque partout, alors que la chambre - le lieu où le résident dort- reste majoritairement en dehors du système de rafraîchissement. Ce paradoxe mérite d'être pris au sérieux. La chaleur ne se distribue pas selon la réglementation administrative. Elle entre par une façade, s'accumule sous une toiture, reste prisonnière d'une chambre pendant la nuit et transforme progressivement un espace de vie en espace de contrainte. Une salle collective rafraîchie peut être indispensable. Elle ne constitue pas pour autant une stratégie climatique à l'échelle d'un établissement. On a ainsi fini par traiter le bâtiment comme on traite un dossier administratif : une pièce conforme, une procédure respectée, et la chaleur peut continuer son chemin dans les chambres. Les données de 2026 rappellent d'ailleurs que les décès ont augmenté dans tous les types de lieux de décès, y compris les Ehpad et maisons de retraite. Santé publique France appelle elle-même à considérer ces données avec prudence, notamment parce que le lieu de décès est renseigné administrativement et que les données précoces sont encore non consolidées. Cette prudence statistique ne doit pas devenir une prudence architecturale. Car la littérature internationale apporte désormais une question plus précise : quand la température intérieure cesse-t-elle d'être inconfortable pour devenir dangereuse ?

Nassim MOUSSI

Architecte ESTP

La pièce fraîche ne protège pas une chambre
La réglementation française issue de l'après-2003 a permis de structurer une réponse minimale à la chaleur. Mais cette réponse est fondée sur une logique de prévention qui reste largement collective : identifier un espace suffisamment rafraîchi, y organiser le déplacement des résidents et maintenir des conditions acceptables pendant les épisodes de fortes chaleurs.
Le problème est que la chambre n'est pas un simple espace résiduel. C'est un lieu de vie et un lieu de soin.
C'est également un lieu où se concentrent plusieurs facteurs de vulnérab (...)

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